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Oecuménisme
AMITIE JUDÉO-CHÉTIENNE
Strasbourg
Janine Elkouby


l'association d'amitié judéo-chrétienne
de Strasbourg invite
Le mardi 4 juin à 17h à la librairie Kleber à Strasbourg à la conférence :
"Déconstruire l'antijudaïsme chrétien" par le Père Christophe Le Sourt
directeur du Service des relations avec le judaïsme, Conférence des Évêques de France,
Il est coauteur de l'ouvrage cité, préfacé par le grand rabbin de France Haïm Korsia
Cet ouvrage est un outil précieux pour nourrir un dialogue renouvelé entre juifs et chrétiens.

L'Amitié Judéo-Chrétienne est née en 1948. Aux lendemains de la guerre, l'Eglise, traumatisée par la Shoah, s'interroge sur sa responsabilité dans l'antisémitisme séculaire de l'Europe et dans le cataclysme sans précédent qu'il a généré. En juillet 1947, se réunit à Seelisberg, en Suisse, une conférence internationale, groupant 70 personnalités juives et chrétiennes venues de 17 pays, parmi lesquelles Jules Isaac, les grands rabbins Jacob Kaplan et Alexandre Safran, avec pour objectif de réfléchir sur les racines chrétiennes de l'antisémitisme. Cette conférence produit un texte intitulé Les dix points de Seelisberg, qui serviront de plateforme à la réflexion menée conjointement par les Juifs et les Chrétiens durant les six décennies à venir, et jette les bases de l'Amitié Judéo-chrétienne, qui sera créée l'année suivante par Jules Isaac

L'AJC a pour objectif essentiel de favoriser entre Juifs et Chrétiens l'établissement de relations fondées sur le respect et le dialogue. Jusqu'à sa prise de conscience consécutive à la guerre, l'Eglise s'en tient à la théologie de la substitution, selon laquelle la Nouvelle Alliance rendrait caduque l'Ancienne et selon laquelle le "Verus Israël" serait à présent constitué par les Chrétiens, les Juifs étant disqualifiés par leur aveuglement et leur obstination à ne pas reconnaître le Sauveur. Désormais l'Eglise, dans un revirement spectaculaire qui ne fera que se confirmer dans les différents textes qu'elle publie, renonce à la théologie de la substitution, reconnaît les Juifs comme des "frères aînés" et rend publique une déclaration de repentance, concernant l'antijudaïsme millénaire dont elle a fait preuve. Dans les textes ultérieurs, elle reconnaît la validité et la richesse de la lecture juive des textes, dont les Chrétiens eux-mêmes ont à tirer des enseignements. L'AJC est un témoin et un acteur privilégié du changement de climat dans les relations judéo-chrétiennes : née de la volonté conjointe de Chrétiens et de Juifs d'instaurer enfin un dialogue nécessaire, elle s'y emploie en réfléchissant au passé et en jetant les bases d'un avenir différent.

L'AJC contribue à diffuser au niveau des Chrétiens la révolution théologique de l'Eglise et à changer le regard négatif porté sur les Juifs au long des siècles.
Quant aux Juifs, ils ont longtemps été méfiants : vingt siècles de mépris, de violences, d'expulsions, de massacres ne s'oublient pas en cinquante ans ! Mais ils ont pris conscience peu à peu de la nouveauté de cette démarche et des perspectives inédites qu'elle ouvre dans leurs relations avec les Chrétiens : pour la première fois, l'antijudaïsme est condamné par l'Eglise, jusque dans sa racine théologique ; ce n'est pas rien ! Les données de l'histoire se sont radicalement modifiées et c'est une chance inouïe pour eux, car ils peuvent espérer avoir désormais un allié de taille dans la lutte contre l'antisémitisme. La hiérarchie ecclésiastique s'est employée à revoir les textes liturgiques et à en éliminer toute formulation offensante à l'encontre des Juifs, en demandant parfois le concours de ces derniers pour ce travail.

Aujourd'hui, l'AJCF est une fédération de plus de cinquante sections locales, qui compte environ 3000 adhérents. Elle a à sa tête un comité dont le président actuel est Jean-Dominique Durand et qui est constitué de personnalités juives, catholiques et protestantes, Elle publie une revue d'excellente qualité, Sens, connue et appréciée par tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin au dialogue judéo-chrétien et largement diffusée.

A Strasbourg, la section a été présidée, durant de longues années, par une éminente personnalité, le professeur Lazare Landau, historien spécialiste des relations judéo-chrétiennes. Sur sa demande expresse, j'ai pris sa succession et l'AJCS est aujourd'hui très présente dans le tissu associatif de la ville. Les manifestations qu'elle organise - conférences, tables rondes, lectures à deux ou trois voix, débats sur des thèmes liés à l'actualité - ont lieu, le plus souvent, à la librairie Kléber, un haut-lieu de la culture à Strasbourg, avec lequel nous avons établi un fructueux partenariat. Elles mobilisent un public de plus en plus large et divers et sont un vecteur de changement et de dialogue.

L'histoire a montré et continue de montrer combien l'enfermement et le repli sur soi sont néfastes : fondés sur la peur de l'autre, qu'ils cultivent et renforcent, ils entraînent l'égocentrisme sur un plan individuel et collectif, l'illusion que l'on peut capturer la Vérité et s'en faire le seul détenteur. C'est l'attitude qui a prévalu dans l'Eglise jusqu'en 1945, c'est celle qui prévaut dans un certain islam, et aussi, disons-le, parfois dans notre communauté. Nous avons en commun avec les Chrétiens d'aujourd'hui des valeurs fondamentales, dangereusement battues en brèche par le matérialisme et le vertige du vide, par l'individualisme et l'incapacité à faire société, par la violence qui émerge de l'absence de dialogue, par des idéologies acharnées, au nom de l'égalité, à délégitimer la notion de différence. Il y a urgence à entrer dans un exigeant dialogue avec les Chrétiens, un dialogue où chacun, loin de se perdre, s'enrichit grâce à l'autre tout en devenant toujours plus conscient de son identité.


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