le Grand Rabbin Achel HADAS-LEBEL
1905 - 1995

Le Rabbin Achel Hadas-Lebel naît en 1905 à Kossov, en Autriche Hongrie. Les discriminations raciales l'incitent à émigrer en France et il s'installe à Paris en 1932. Mais on lui propose bien vite lui fut propose le poste de professeur de Talmud Torah à Alger. Il sera donc rabbin à Alger; ensuite à Tlemcen pendant vingt ans, puis de nouveau à Alger.

Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, il est rapatrié en Alsace et nommé rabbin à Sélestat. Il occupera ce poste jusqu'en 1982, puis il quittera la communauté après le décès de son épouse Alice.

Ceux qui l'ont connu se souviennent de lui pour son érudition, sa pédagogie, ses discours hors du commun qui n'étaient pas exempts d'humour. Il savait captiver son auditoire.

Les mille et une manières de fêter Pourim
ou le "match de Pourim"
Par le grand rabbin Hadas-Lebel

Pourim est incontestablement la fête la plus gaie, de l'année juive, c'est même le seul jour de l'année où les sages nous ont autorisés de donner libre cours à nos débordements de joie... et même de dépasser un peu les limites habituellement permises.
La Bible elle-même nous en donne l'exemple. Le livre, pourtant grave et austère, qui guide le juif depuis sa naissance jusqu'à sa mort, a néanmoins introduit en son sein ce délicieux rouleau d'Esther, plein de scènes amusantes et fertiles en quiproquos et rebondissements, introduisant ainsi une note de gaîté dans l'histoire trop souvent tragique du vieux peuple.

Ainsi, en ce jour-là, la fantaisie des Juifs se déchaîne-t-elle sans connaître de bornes. Pour se divertir il n'y a qu'à puiser dans sa féconde imagination ... en s'aidant parfois de l'abondant répertoire qui s'est accumulé au fil des ans et qui, chaque année s'enrichit de nouvelles créations. Chaque pays, chaque communauté, chaque famille même a ses propres traditions, toujours pleines de charmes, toujours riches d'intérêt. Pour rappeler l'histoire de Pourim, aussi extraordinaire que le plus extraordinaire des contes de mille et une nuits, il n'y a pas moins de ses mille et une manières.

Voici entre tant d'autres, une "trouvaille" originale qu'il m'a été donné de découvrir dans une vieille tradition algérienne. Il s'agit d'un véritable duel" qui oppose en public deux personnages hauts en couleur et agiles de la langue - car il s'agit d'un duel oratoire plutôt que pugilistique. L'état civil de nos deux protagonistes ? L'un c'est Aman, fils d'Agag, fils d'Amalek, fils d'Ephilos, fils d'Esaw ; l'autre c'est Mardoché, fils de Yaïr, fils de Dhimi, fils de Kich, fils de Benjamin, fils de Yacôb ; des cousins en somme. - Ton grand-père, lance Aman, fut un fripon, un larron, un escroc qui a extorqué le droit d'aînesse au mien.
- C'est faux, il a payé cher, très cher, un gros plat de lentilles.
- Ton grand-père était un bandit, un assassin qui, la figure masquée, a commis un "hold up" contre l'héritage du mien.
- C'est faux, il a payé cher, très cher - contre un gigot bien rôti.
Et ainsi se poursuit la compétition à travers les péripéties de l'histoire mouvementée d'Israël.

Mais tout a une fin, car Aman qui a fait entretemps quelques bonnes libations du meilleur cru - marque "Adeloyada" 450 Avant" - se met à chanter des louanges du peuple d'Israël. Tout est bien, qui finit bien. Fini ? Pas tout à fait, car tandis que Pourim s'en va, tout le monde se prépare au grand "match" de l'année, le plus grand de l'histoire, celui qui en dix rounds fit chanceler le plus grand colosse de l'antiquité : Pharaon.



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