Isidore WEIL
Grand Rabbin de Paris, Grand rabbin de Colmar et de Haute-Alsace
Wintzenheim 1838 - Berne 1927


Le grand rabbin Isidore Weil et son épouse née Julie Aron
Isidore WEIL (alias WEILL) naît à Wintzenheim (Haut-Rhin) le 19 juillet 1838. Fils de Samuel Weil, instituteur hébraïque. Il est l’époux de Julie Aron, née le 28 octobre 1843 à Phalsbourg.

Ses relations familiales avec les rabbins de son époque sont multiples : il est le cousin germain de Lazare Wogue et du grand rabbin de Strasbourg Isaac Weil, et petit cousin d'Alfred Lévy, grand rabbin du Consistoire central. Sa femme, Julie Aron, est la sœur aînée du rabbin Michel (alias Maurice) Aron et la petite-nièce d'Alexandre Aron et d'Arnaud Aron, grand rabbin de Strasbourg.

Après de premières études religieuses à l'école de Salomon Lévy à Brumath, Isidore Weil fréquenta l’école rabbinique de Colmar, fondée en 1854 par le grand rabbin Salomon Klein, puis, en 1856, celle de Metz où il aura comme condisciples les futurs grands rabbins Zadok Kahn et Isidore Loeb. Après la fermeture de l'école en en 1859, il poursuit ses études au Séminaire israélite de Paris et le 27 août 1862, il obtient le diplôme du deuxième degré rabbinique.
Élu le 18 octobre 1863 au rabbinat de Hattstatt, il est nommé à ce poste le 20 janvier 1864, après une lettre élogieuse du préfet du Haut-Rhin au ministère des Cultes le disant "très dévoué au gouvernement" ; il sera installé le 7 février suivant.

En 1868, son ouvrage sur la Philosophie religieuse de Levi-ben-Gerson est présenté à l'Académie des Sciences morales et politiques. Il tente alors de quitter Hattstatt. Sa candidature au poste de rabbin adjoint de Paris où il prêche le 27 février 1869 sur les "Bienfaits qui découlent de l'étude de la Loi" reste infructueuse ; il se présente aussi en vain la même année au grand rabbinat de Marseille.

Après l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne (10 mai 1871), il espère que l'administration des Cultes facilitera un redéploiement : "L'inexorable vainqueur a disposé de nous comme d'un vil troupeau, nous a arrachés violemment à notre patrie, à notre nationalité, à nos traditions séculaires et ne nous laisse plus d'autre alternative que la servitude ou l'expulsion" écrit-il le 13 mars 1871 au ministre ; il invoquait la France "généreuse même envers les Polonais" en demandant un nouveau poste : "Un mot de votre part pourra me faire nommer au siège rabbinique de Marseille (...). Un mot de votre part pourra ériger en rabbinat les communautés de Vesoul, Gray et Lure. (...) Au reste, j'accepterais, en attendant, avec la plus tendre reconnaissance et avec un vrai bonheur, n'importe quel autre poste". Sans réponse, il se tourne le 28 avril vers le préfet des Vosges pour lui demander s'il pourrait accepter de l'autorité allemande le montant de son traitement. Le préfet en réfère le 5 mai au ministre :
"Il craint que cette acceptation ne soit considérée comme impliquant renonciation à sa qualité de citoyen et de fonctionnaire français. Loin de vouloir renoncer à sa nationalité, M. Weil me prie de lui confier dans mon département un poste provisoire, en attendant celui que l'autorité supérieure pourra lui accorder définitivement". Mais la réponse du ministre des 12 et 16 juin n’est pas à la hauteur de ses attentes : celui-ci lui recommande de ne refuser le traitement que dans l'éventualité où il aurait bien l'intention de se fixer en France, et lui rappelle que seul le Consistoire central a qualité pour proposer sa nomination à une place vacante.
Le 24 juin encore, Isidore Weil écrit pour "supplie[r] le Ministre de le faire rentrer en France soit en érigeant la place de Vesoul en rabbinat comme le demande le Consistoire central, soit en le nommant à une place de l'instruction publique à laquelle ses ouvrages de philosophie lui permettent de prétendre". En vain...

C’est pourquoi il n'opte pas pour la France, et le poste de Vesoul sera attribué au grand rabbin Isaac Lévy, qui a renoncé à son poste de Colmar.
Isidore Weil reste donc en Alsace, et il est nommé par le consistoire local pour succéder à Isaac Lévy au grand rabbinat de Haute-Alsace (aujourd’hui Haut-Rhin). Installé le 23 mai 1873 à Colmar, il discourt sur "Religion et science". Il continue à gérer depuis Colmar le rabbinat de Hattstatt où il ne sera pas remplacé. Il s’accommode tant bien que mal de l’annexion de l’Alsace par l'Allemagne, et continue à faire ses sermons en français, malgré les interventions répétées du Kreisdirektor.

En 1875, il se préoccupe d'obtenir pour les élèves juifs du lycée de Colmar une dispense des cours du samedi et condamne la pratique des chœurs mixtes à la synagogue. Il intervient également en qualité de président de la Caisse de bienfaisance et de la Société de patronage des jeunes israélites. Il est à l'origine de la création à Colmar de l'École préparatoire rabbinique confiée à Zacharias Wolff.
Il est mentionné en 1893 comme membre du comité de la Croix-Rouge à Colmar et, en 1900, pour avoir inauguré la synagogue d'Uffheim.

En 1907, il reçoit des mains même du Kaiser la décoration de l'Aigle rouge de 4e classe.
En 1911 il est membre fondateur de "Verein der Liberalen Rabbiner in Elsass-Lothringen" avec les rabbins Dreyfus de Sarreguemines, Ginsburger de Guebwiller et Benjamin Meyer de Thann.

Isidore Weil occupera le poste de grand rabbin de Colmar pendant 50 ans (1873-1914). Voici un extrait de journal publié par la presse locale à l'occasion de son jubilé  : "C'est un théologien d'une grande érudition, dont la piété et le large esprit de tolérance sont appréciés par tous ceux qui le connaissent, encore que sa modestie l'ait empêché de jouer un rôle actif dans la vie publique. Ses sermons sont en tous points remarquables, autant par l'impeccabilité de la forme que pour le fond qui est inspiré par un profond sentiment religieux." Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, il demande un congé et se rend en Suisse, où réside sa fille unique. De là, envoie sa démission au Consistoire et prend sa retraite.
Isidore Weil est décédé le 2 avril 1927 à Berne (Suisse).

Publications :
Isidore Weil se signale dans le domaine religieux auprès du public français par la publication de nombreux articles et analyses de livres dans L'Univers israélite et dans les Archives israélites, ainsi que par quelques comptes rendus d'ouvrages en allemand parus en 1881 et 1883 dans la jeune Revue des études juives. Il publie également des articles dans la presse locale, pour lutter contre la montée de l'antisémitisme.On connaît de lui de nombreuses publications parues , l’Univers israélite, .
Son ouvrage principal est La philosophie religieuse de Levi ben Gerson (1868).
Quelques autres titres : Sur le calendrier juif ; Histoire des diverses formes de l’adoration divine chez les israélites, L’Antonin du Talmud et du Midrash ; Le livre de Ben Sira ; Le Kaddish ; Les sept semaines de l’Omer ; Droit ecclésiastique en Alsace ; Choix de fables talmudiques ; Les sauterelles ; La caractéristique d’Israël.

Source principale : Dictionnaire biographique des rabbins
Rabbins Judaisme alsacien Histoire

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