Le dimanche 4 mars, la société susnommée a tenu son assemblée générale annuelle. Sa gestion morale nous a été présentée sous un jour si favorable et sa gestion financière dans une voie si prospère que c'était grand dommage du peu de sociétaires présents à la réunion. Au bureau avaient pris place : MM. Worms Sylvain, président : Mathis Georges, vice-président : Halphen Georges, trésorier ; Francfort A., secrétaire ; MM. Isay Joseph, Bloch Cerf, Liebmann Marx, Gerschel Jules, Horvilleur Achille, Lévy Caïn, membres. Les absents étaient dûment excusés.
Il nous a paru intéressant de jeter un coup d'œil dans les annales de cette société et d'y faire, pour les lecteurs de notre revue, les extraits qui vont suivre.
La Société de Secours mutuels et d'Humanité israélite est née en 1844. Elle a donc aujourd'hui 84 ans qu'elle porte très allègrement. Elle fleurit dans sa haute vieillesse comme en son lointain printemps, et si nos successeurs s'inspirent de leurs ascendants, on peut lui prédire des siècles d'existence.
Ses premiers buts se résument ainsi : "Donner des secours et des soins aux membres de la société s'ils sont malades ou besogneux, et en général établir entre tous les sociétaires des sentiments fraternels." On ne pouvait ni mieux penser, ni mieux dire, ni mieux faire.
Entre parenthèses, en 1844, on ne disait pas : "Messieurs les sociétaires", mais les "citoyens sociétaires".
Le premier règlement comporte trente-six articles. Ce règlement est particulièrement sévère sur le chapitre des admissions. La moralité et la conduite de tout postulant devaient être au-dessus de tout soupçon. Son élection était soumise à une discussion en règle. Devenu membre, il lui fallut s'engager à remplir toutes les obligations de la société.
L'article 7 oblige les membres à veiller à tour à rôle auprès des malades.
L'article 10 attribue 2 francs par semaine aux malades. C'était, nous semble-t-il aujourd'hui, l'âge rêvé, que celui de 1844. On y vivait à bon compte.
L'article 13 oblige les membres A assister au Miniân dans les maisons de deuil. "Les manquants à ce devoir sont punis d'une amende de 25 centimes."
L'article 16 exige de ceux qui, au temple, sont appelés "à la Thora" de verser à la société, à titre de droit d'honneur, une somme de 25 centimes.
Les articles 17 à 21 exigent du sociétaire, parrain en ville ou au dehors, un droit de 1 fr. 50 ; 90 centimes du sociétaire chaque fois qu'il devient père ; 3 francs du célibataire qui se marie et une quête à tout festin donné par un sociétaire.
Enfin ceux qui manquent aux devoirs d'inhumation sont passibles d'une amende de 2 francs.
Et voilà comment cette société alliait si noblement et si utilement la religion et la bienfaisance.
L'article 31 fixe à deux les assemblées annuelles "aux deux derniers samedis de l'année sociale (sic)".
En 1844, les sociétaires étaient au nombre de cinquante. Ils sont aujourd'hui deux cent quinze.
Le 13 février 1858, l'assemblée générale décide ce qui suit : "La société n'accorde aucun secours pour les maladies causées par la débauche, ni pour les blessures reçues dans une rixe, lorsqu'il est prouvé que le sociétaire a été l'agresseur, ni pour les blessures reçues dans une émeute à laquelle il aurait pris une part volontaire."
En 1866, M. Joseph Levylier, président du Consistoire de Nancy, fut admis comme membre de la société.
En septembre 1869, une somme de 100 francs fut accordée à la quête faite par le Consistoire central en faveur des israélites russes. Que de fois, depuis lors, nous avons dû intervenir en faveur de nos malheureux coreligionnaires.
En novembre 1870, un secours mensuel fut voté pour les prisonniers de guerre français et israélites.
En décembre 1870, on accorda un don de 100 francs aux prisonniers de guerre et de 50 francs au comité de secours aux mobiles. D'autre part, on vota une mensualité de 5 francs à chaque garde mobile israélite prisonnier de guerre.
En mai 1882, la commission vota, à l'unanimité, une somme de 100 francs pour l'érection d'une statue à l'abbé Grégoire.
Les assemblées générales se tenaient, entre 1875 et 1885, dans l'une des salles de l'Université, prêtée gracieusement par M. le maire. D'année en année, on voit s'augmenter les réserves pécuniaires de la société, qui cependant ne limitait pas ses bienfaits aux seuls sociétaires. Elle secourait les pauvres passagers, faisait des distributions périodiques de vivres et d'argent à tous les pauvres de la communauté, accordait des subventions aux étudiants méritoires, bref, accomplissait l'œuvre charitable particulière aujourd'hui à la Caisse centrale de charité.
Ajoutons que les registres des délibérations sont tenus avec un soin spécial. Ils offrent à l'historien de la communauté de Nancy un intérêt de premier ordre par leurs longues listes de noms de familles et par des allusions à des événements d'ordre confessionnel que l'on devine aisément.
Rendons hommage à la société actuelle pour sa fidélité aux idées et aux sentiments déjà vieux qui ont fondé son berceau et à sa commission administrative tout entière, dont le dévouement à l'œuvre, aux sociétaires et à la bienfaisance générale est absolu et désintéressé.